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"Martinique, terre d’écrivains"

Nombreux sont les écrivains martiniquais qui ont versé leur encre pour la cause identitaire et porté leur pierre à l’édification d’une conscience longtemps anesthésiée par l’esclavage.

Réné Maran qui obtiendra en 1921 le Goncourt pour son roman « Batouala » ; Joseph Zobel , dont le fameux « Rue Case Nègre » sera porté à l’écran par Euzhan Palcy ; Paulette Nardal , une des premières femmes de lettres martiniquaises ; Frantz Fanon , l’auteur de « Peau noire et masque blanc », dont la pensée a influencé de nombreux intellectuels du tiers-monde….
Et bien sûr, l’incontournable et inégalé Aimé Césaire , poète, dramaturge, homme politique, chantre de la négritude, autour duquel la littérature martiniquaise s’éveille et commence à se révéler aux yeux du monde.
Bâtir un imaginaire
Forte de cet héritage, une seconde génération d’auteurs prolifiques s’engouffre avec avidité et talent dans le sillage tracé par les aînés. Elle est marquée sans conteste par l’apport et les travaux de quelques figures emblématiques : Edouard Glissant , philosophe de l’« Antillanité » ; le trio des créolistes formés par Raphaël Confiant , Jean Bernabé et Patrick Chamoiseau , récompensé par le Goncourt en 1992 pour « Texaco ».
Véritables « marqueurs de paroles », ces écrivains pénètrent le mitan de l’architecture langagière, mettant en exergue les caractéristiques d’une écriture créole.
Très imagé, densément poétique et riche en métaphores, ce langage particulier oscille en permanence entre deux mondes. « Je suis d’un pays où se fait le passage d’une littérature orale traditionnelle, contrainte, à une littérature écrite, non traditionnelle, tout aussi contrainte. » énonce Edouard Glissant, « J’évoque une synthèse, synthèse de la syntaxe écrite et de la rythmique parlée, de l’acquis d’écriture et du réflexe oral ».
Des auteurs résolument engagés
Au-delà des seules introspections intellectuelles identitaires, la littérature martiniquaise laisse aussi la part belle aux récits de vie, à la fiction et aux rêves, dépeignant la Martinique « antan lontan » ou contemporaine, mettant en lumière l’extrême sensibilité de l’âme antillaise, plurielle et composite. Nombre d’écrivains martiniquais s’en font ainsi l’écho : Xavier Orville , prix des Caraïbes pour « Délice et le Fromager », le prolifique Tony Delsham , mais aussi Ina Césaire , Marie-Reine De Jaham
Et c’est ainsi, grâce à l’écrit, que « l’inoubliable choc de l’oubli a transformé l’île des esclaves en théâtre des rêves » confia Milan Kundera, lors de son séjour en Martinique.
Une littérature en mouvement qui s’ouvre au monde
La prose martiniquaise poursuit sa route, évoluant avec la réalité dans laquelle elle s’ancre, en concordance avec les besoins des hommes qui l’habitent.
La production récente est marquée par l’affirmation des femmes en littérature, à l’instar d’ Audrey Pulvar , saluée par la critique pour son « Enfant bois » ou de Nicole Cage Florentiny , auteure, entre autres, de « Aime comme musique ou comme mourir d’aimer » qui aborde sans détour des sujets parfois tabous comme l’inceste, la folie, la pédophilie, ou la prostitution.
Après la nécessaire construction d’une symbolique et d’un imaginaire, la littérature martiniquaise s’attaque désormais aux thèmes sociétaux actuels, comme l’attestent les écrits de la génération émergente. « Bord de canal » d’Alfred Alexandre dépeint les affres de l’errance et de la toxicomanie dans un quartier populaire de Fort-de-France.
Quant aux plus jeunes, Nadia Chonville ou Mike Fédée , ils n’hésitent à camper le décor de leur récit hors des Antilles, preuve, s’il en est, que la Martinique, forte de son identité retrouvée, est prête à s’inscrire dans le « tout-monde » et à se tourner, en toute conscience, vers d’autres horizons !
(Article Magazine La Martinique, Fleurs des Caraibes - N. Fellous et L. Manuel)